Articles

Affichage des articles du mars, 2016

Le hasard

Les fleurs tombent sur le lac.
Un homme achète le journal
Pour la cinquième fois de la journée.
Des tortues légifèrent sur l'utilité d'une carapace.
Un aigle féconde un dinosaure
Puis s'envole.
Je regarde mon nombril avec cinq miroirs
Différents.
Je m'appréhende...
Je discute avec mon ventre...
Il soliloque, gargouille,
Puis me dit :
« Les astéroïdes ont chargé ton dos
De parler à un autre dos ».
Alors, je cherche cet autre dos.
Dos de chameau ou dos de pivoine.
Courbe d'une clé qui s'enfonce dans une porte.
La vie et l'au-delà ont des choses en commun.
Rien qu'hier, ils ont joué au poker.
Personne n'a gagné.

Sauf le hasard.

La vie

La vie a de bons côtés,
Mais aussi des lignes de démarcations
Très fortes entre les corps.
Il y a des corps qui s'en sortent.
D'autres pas.
Un jour, j'ai cherché au fond de mes tripes
Les balbutiements de moi bébé.
J'y ai trouvé un ogre qui buvait au biberon
Pendant que sa mère lui offrait le sein.
Les jours passent par-dessus la tête
Des oiseaux,
Une heure de vie commence à fatiguer,
Alors deux heures de vie
C'est quelque chose.
Je jette du sel,
Par-dessus mon épaule.
Cela me porte bonheur.

Les jours de vie.

Des anges sous les corps

Des igloos dans le ciel.
Des anges sous les corps.
Ils portent les morts.
Et les chaussures qui vont avec.
Mon encre sèche de plus en plus vite,
Alors je me dépêche,
Je crains pour ma vie
Lorsque j'écris un poème.
Elle se rétracte puis
Saute au-dessus d'un lac gelé
Et danse,
Ma vie danse.
Puis craque.
Et pleure
Entre deux yeux.
Le chandail que ma mère m'a offert
Ne me va plus.
Je compte le nombre
De poils que j'ai sur le torse,
Il y en a 4 500 et des poussières.
Une sombre mer fait la cour
Aux mains de Picasso.
Il faut partir,
Je crois,

Il faut partir.

La sonnette sonne

La sonnette sonne,
La tombe vrombit
Et le stylo fonctionne.
J'ai vu dans l’œil d'un esquimau
Mes mille vies.
Il y a toujours un homme
Sous le lit des ours.
Mon auriculaire tourne en boucle
Autour du soleil.
J'ai un avantage,
Je suis le plus gracieux des léopards.
Je peux faire voler mes côtes
Et soudoyer mon cœur
Pour qu'il avoue tout.
Le matin,
Je me lève avec un ongle au visage.
Le soir,
Je me couche avec une bouche au pied.
Les mondes se ressemblent tant qu'ils peuvent.
Je ne regrette rien de mes mille vies,

Sauf d'en avoir vendu une.

Je regrette le monde

Avec ses yeux qui dorment comme des pieds,
Elle dominait la lune pendant
Que la fleur posée sur ses cheveux
Se mariait.
Il y a des danses de salon,
Des danses contemporaines,
Il y a aussi des danses de langues
Entre deux bouches sèches.
Parfois,
Je regrette le monde qui est parti
Et qui reviendra avec un sac-à-dos
Au beau milieu de la nuit.
J'ai le souvenir d'un été pluvieux
Où j'ai cherché au fond de mon cœur
La clef du rêve.
Alors je l'ai trouvé,
En dormant près d'un serpent à tête d'oiseau.
J'ai dominé la mer,
Le silence est irritant pour mes jeunes yeux.
Je pense avec les ventres qui m'ont créé.
La danse de salon arrive dans ma gorge.
Il y a mille femmes qui bougent.
Et un astéroïde qui lutte.

Toujours.

Je danse

Le chemin à parcourir est long.
Il y a des ronces et des primates
à mes côtés.
Je regarde le ciel,
Il me dit qu'il y a des milliards
D'êtres humains qui attendent
Un miracle.
Un génie grimpe sur mon ampoule,
Il me demande de lui donner trois souhaits.
Je souhaite que le ciel soit une ampoule,
Je souhaite avoir deux corps,
Je souhaite que mon cerveau arrête de danser.
Le génie prend son calepin,
Écrit et me répond que mon cerveau continuera
à danser 120 ans encore.
Je me donne une petite tape sur la tête

Et je danse avec mon deuxième corps.

Il y a un monde

Il y a un monde
Entre moi et le monde,
Et c'est ainsi.
Le matin, je me lève
Avec une hécatombe des genoux.
Le soir, je me couche
Avec une tornade aux coudes.
Parfois, je regarde par la fenêtre
S'il y a un homme à la recherche
De sa femme.
Il y en a toujours un.
Un homme de 85 ans
Qui court dans la rue.
Un poisson me dit que la vie
C'est retenir un fil
Avant de le lâcher.
Je n'ai pas bien compris son message,
Alors j'ai pris mon bateau
Et je suis parti quelque part.

Assez loin du monde.