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Mon cerveau

Il y a un homme derrière la vitre Qui me fait de grands signes. Je ne sais pas qui c'est : C'est peut-être un temple, Une soucoupe volante, Un ogre, une tortue, Un coléoptère, une panthère, Une loutre ou un aigle. Il y a un homme derrière la vitre Qui me parle. Il me raconte sa journée. Il était assis là entre deux horloges, Un gang de fourmis est venu débusquer son tronc d'arbre Et il est reparti. Je pense parfois que mon cerveau A un temple entre ses méninges Où l'on prie un peu trop souvent. Il y a des chants, des incartades, Des policiers sans main Qui pincent les cierges. Mon cerveau cherche un autre cerveau Pour l'accompagner dans ses prières. Il fait froid, Je jette mes cheveux contre un âne. Il fait froid. Mon cerveau campe. Mon hippocampe.

Le petit effort

Le petit effort Que ma mère a fait pour me sortir de son ventre A été payant. J'ai des yeux aux jambes Et des morsures de loups au crâne. Je pense que mes pensées viennent Et s'arrêtent sur un chemin de campagne. Elles dansent, elles font des cabrioles, Aussi théâtrales qu'un ogre en Espagne. Je rééquilibre le monde avec ma pensée. Je change la direction économique des pays, Je traîne la patte pour faire plaisir Aux gens de mon quartier. Les masques rouges tournent Autour de mon visage, Je fais une vidange Avant de repartir Sur les routes d'Espagne Avec un koala américain.

dés

Le plastique fait des miracles. Le matin, je me lève avec une douleur au bas du dos, Je pense que c'est l'appendicite. Mais non, ce n'est pas l'appendicite, C'est juste une douleur au bas du dos. Je tourne ma tête à 360°, Je regarde Paris dans toute sa splendeur Et je joue aux dés avec Dieu. Il tombe sur le six, Je tombe sur le cinq. Je me sens proche de lui. Il me raconte des histoires. On parle de la création. Il est un peu plus avancé que moi. Mais j'ai toujours une douleur au bas du dos. Je lui demande : « Pouvez-vous rendre mon dos Beau et soyeux comme au premier jour ? -Je dois d'abord dégonfler vos yeux » qu'il me répond. Alors il dégonfle mon iris durant quelques heures. J'ai toujours une douleur au bas du dos. Je tape sur mon crâne pour qu'il chante. Il chante avec moi quelques chansons italiennes. Dieu me tape dans la main et pousse la chansonnette. J'ai toujours une douleur au bas du dos, ...

Si la vie frôle

Si la vie frôle le ventre Du Monsieur d'en haut, On n'est pas rendu. Le matin, je tapote un nuage Pour y faire tomber son sel. Le soir, J'enquille des milliers de roses Au fond de mon estomac Pour mieux parler Aux dames. Le silence à quatre fonds, Tous plus profonds les uns que les autres. Je crie dans un globe en cristal. Il y a des échos, Les échos longs des violons de l'hiver. Cela me fait froid dans le dos Et chaud à la gorge. Les journées s'étirent au bureau Pendant que Dieu compte le nombre D'êtres humains à la louche. Un astre se jette contre la Terre. Il lui fait un enfant. Un enfant aux yeux globuleux.

Le hasard

Les fleurs tombent sur le lac. Un homme achète le journal Pour la cinquième fois de la journée. Des tortues légifèrent sur l'utilité d'une carapace. Un aigle féconde un dinosaure Puis s'envole. Je regarde mon nombril avec cinq miroirs Différents. Je m'appréhende... Je discute avec mon ventre... Il soliloque, gargouille, Puis me dit : « Les astéroïdes ont chargé ton dos De parler à un autre dos ». Alors, je cherche cet autre dos. Dos de chameau ou dos de pivoine. Courbe d'une clé qui s'enfonce dans une porte. La vie et l'au-delà ont des choses en commun. Rien qu'hier, ils ont joué au poker. Personne n'a gagné. Sauf le hasard.

La vie

La vie a de bons côtés, Mais aussi des lignes de démarcations Très fortes entre les corps. Il y a des corps qui s'en sortent. D'autres pas. Un jour, j'ai cherché au fond de mes tripes Les balbutiements de moi bébé. J'y ai trouvé un ogre qui buvait au biberon Pendant que sa mère lui offrait le sein. Les jours passent par-dessus la tête Des oiseaux, Une heure de vie commence à fatiguer, Alors deux heures de vie C'est quelque chose. Je jette du sel, Par-dessus mon épaule. Cela me porte bonheur. Les jours de vie.

Des anges sous les corps

Des igloos dans le ciel. Des anges sous les corps. Ils portent les morts. Et les chaussures qui vont avec. Mon encre sèche de plus en plus vite, Alors je me dépêche, Je crains pour ma vie Lorsque j'écris un poème. Elle se rétracte puis Saute au-dessus d'un lac gelé Et danse, Ma vie danse. Puis craque. Et pleure Entre deux yeux. Le chandail que ma mère m'a offert Ne me va plus. Je compte le nombre De poils que j'ai sur le torse, Il y en a 4 500 et des poussières. Une sombre mer fait la cour Aux mains de Picasso. Il faut partir, Je crois, Il faut partir.