Articles

Choix

L'équilibre de mes pieds Dépend de l'équilibre de mes mains. Un jour, je partirai voter blanc En Ouganda, J'irai chasser les ours, Coopter les mygales, Hurler avec les clous Et changer la couche du monde. Il y a un choix à faire, Qui n'est pas difficile Mais pourtant c'est un choix Et comme un choix n'arrive jamais seul, On dorlote le chat qui dort à côté de nous. Les cils de la femme en bas de chez moi Battent autant que les ailes des oiseaux. Le ventilateur ne marche plus, C'est un ventilateur et pourtant Il ne marche plus. On ne donne pas assez de voix Aux écrevisses, Et pourtant on a le choix. J'ouvre une porte, J'en ferme une autre. Quatre singes discutent de la fin des temps Et les chimpanzés abdiquent. On discutera de ceci Dans 200 heures Et on constituera notre gouvernement Avec des hommes et des femmes Ayant un âge dépassant celui du Christ.

Écureuil

La moto traverse le champ. Un homme trouve sur son passage Un écureuil sans dent. Il lui dit d'un air malicieux Qu'il ne peut pas s'enfuir Sous la mer. On entend souvent dans la bouche Des morts que le soleil est parti. Il est toujours là pourtant. Les citadins ont la fâcheuse Tendance à marcher dans leur appartement. Une fenêtre tombe à la renverse En voyant un très beau miroir. Je ne crois pas en Dieu, Mais il est possible qu'il se cache Pour ne pas effrayer les vivants. On ne le connaît pas, C'est peut-être un homme à chapeau. Les hommes à chapeau se prennent souvent Pour Dieu. Je fixe un chat dans les yeux, Il détourne le regard. Je pense que c'est parce qu'il cache de l'argent En Suisse. On célèbre souvent le cou des femmes Dans ma contrée.

Serpombrils

La végétation dans mon ventre Ressemble de plus en plus à une jungle. Il y a des serpombrils, des estominges, Des koalas sanguins et des baleinaleaux. Sous terre, on ne sait ce qu'il y a, Sauf des mange-croutons et des fées Sans ailes. On compte de un à 100 pendant que La Terre tourne sur mon ongle. Je regarde le vent taper à ma porte Et les sourcils du Monsieur sont de plus en plus Épais. Le silence tord la bouche Des marginaux, On ne se blesse plus avec des couteaux Mais avec du linge. L'écriture échange avec moi-même Sur la couleur du ciel. Un homme trempe la mort Dans un verre d'eau. Personne ne cherche à couler Sauf les poissons.

On creuse

 On creuse, on creuse, On creuse le capot d'une voiture, On creuse la gambas qui a des ramifications En Espagne. On tond le cou de la dame en rose, On creuse, dans les cimetières, Dans les rues, sur les routes. On attrape la mort et on lui dit Ses quatre vérités. Mon nez sent le cerveau, Qui se creuse, qui traîne, Qui vacille. On tord les doigts pour voir plus loin, Culbuter l'horizon, Faire sécher les prairies, Négocier avec la vie Le dernier souffle du vieillard. On creuse, on creuse, On fait fondre les frontières Entre le rêve et la réalité, On souffle sur le jasmin Et on se gratte le nez En attendant que les dinosaures passent.  

J'ai connu

J'ai connu un homme Qui avait deux têtes. L'une disait oui, L'autre disait non. J'ai connu un autre homme Qui avait une bosse. Il buvait beaucoup d'eau. J'ai déjà senti l'haleine des ordinateurs, Le roseau pensant qui se posait Au bord du lac pour réfléchir A la dévaluation de l'euro. Un mexicain traverse la frontière, Des petites mains en forme De crabes dispersent l'eau des océans Sur le continent. J'ai connu un homme qui avait Trois pays au cœur. J'ai connu deux hommes qui avaient Un océan dans les poches. J'ai connu du monde, Et le monde m'a connu, Bébé à tête de lièvre Croupissant dans un monastère En attendant que la lune Lui fasse signe. J'ai lu des livres sur les rois de France Et je m'en porte pas plus mal. Je suis le roi de mon corps, Le corps roi, Le corroi. J'enguirlande mon abdomen Quand il me menace de partir. J'attrape mes poumons dans L...

Auriculaire

Ma mémoire flanche. Vers la gauche. J'ai perdu un auriculaire En jouant à chat avec le diable. J'ai vu dans tes yeux, Un œil, Et dans ton autre œil, Un œil. Œil pour œil Dent qui danse. Le matin de mes 28 ans Est gaie, Il y a des hirondelles Qui toussent, Un chapeau qui tombe, Des routes qui transpercent Les camions. Le gravier tombe de la colline. Un renard ouvre grand la bouche Pour l'attraper. Les miroirs échangent Leur utilité avec les cartons. Une soupe à la volaille Et on part à la chasse. Un peintre déteste son tableau. Alors il l'offre à ses amis anglo-saxons. Les toilettes sont sèches. Un homme de 59 ans Achète une courgette. Des petits bonhommes se cachent pour mourir. Un éléphant ça trompe énormément. Le panier en osier Est fermé. Mon corps agite ses organes Pour séduire les dames. Une tombe parle à une autre tombe De la conjoncture économique au paradis. Une rose pousse sous le so...

La grippe

Dimanche, j'ai attrapé une grippe A la moutarde. Je regardais un film policier à la télé Quand soudain je fus propulsé Dans le monde de la fièvre Et du ventre qui gargouille . J'ai attrapé la grippe, J'en suis pas peu fier. Je me suis enfoncé dans mon lit, Mon corps a fait couler une rivière D'eau bénite sur mes draps, Et j'ai dormi tous les jours, Sans m'arrêter, La fièvre sans fin qui nous manipule Les os, Qui nous coud l'esprit En de jolis automates, Qui nous grave une fleur fanée Dans le cerveau, Qui nous fait glisser des miroirs Sous le pied. C'était la grippe et son lot De dinosaures aux dents Qui m'a fait comprendre Qu'on est peu de chose Face à un cerveau fou Qui dessine notre moelle Sur une carte des vins.