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Gorilles

Je donne des claques à mon ombre. Elle se réveille, Me poursuit toute la journée Dans les rues de Paris. Un cadavre d'arbre lance un regard Torve à la Seine. Le jeu de la mort S'étend dans tout le corps. Un lion a des faiblesses. Un koala a des faiblesses. On étend sa poitrine Sur la plage. Le soleil couvre un rhume. Trente années à obéir A la poésie Et puis on s'en va Comme des pêcheurs de requins. Un siècle passe plus vite Qu'une seconde. On joue à cache-cache Avec nos grands-parents. Un train cache un vélo Et les Américains trempent Leur mélancolie dans l'eau. L'aube attache les mains De Dieu, Il vient de se faire arrêter Pour mensonge Et calomnie. Les grilles autour de moi Sont des gorilles de fer. Je jette mon cou Et ne garde que le corps, La tête. Crachons en direction Du Sud. Un mannequin se courbe Pour vendre un sac à main. Coupons nos ongles Pour qu'ils s'envolen...

Sablier

Un fantôme écrit son testament. Quatre crânes sortent de l'arbre Et mordent les herbes Avant de balancer des vaches Sur la Tour Eiffel. Une tortue se tord dans un sac. Les amis de mes ennemis Sont mes chats à loupe. Le sablier se retourne seul, On en a pas besoin avant 20 ans. La courbe du chômage Se croise avec celle des bébés requins. Une voiture roule Dans un avion, Les gens ne sentent plus l'odeur Des épices. Une couleuvre gratte à mon œil. Mes poumons comme des sacs De boxe, J'y frappe avant de chanter. Une table dans mon cœur. On y mange des magazines Et des bibles. Le soleil a conquis La belle mort. Petit sommeil Avant le grand.

Crue

Un trou tombe dans un trou. Clou sur chaise Et Dieu glougloute Sa goutte de feu Pour nourrir nous et eux. Échanger les écharpes Pour que l'hiver chante Et s'échappe Comme un pape Trop vieux Qui revient aux cieux. Les maladies disent Que les idées se baladent Dans le cerveau Et enserrent la biche Trop tôt Pour le bientôt trentenaire Que je suis Et que je fuis Comme une boule de bowling Que l'on lance Sur un lit. Traînons ensemble Dans le train-train quotidien Enseveli sous ta chevelure. Cheval courant à toute allure Pour attraper le cœur Du jockey moqueur. Un homme aux Seychelles Fait sécher ses dents Sur la plage abandonnée, Coquillage et crue tassée.

350 ans

Un oiseau à poil court Traverse la route. Le soleil tombe dans ma poche Et je perds ma cigarette. La queue verte de la luciole Illumine le plat pays. Une équation se trompe De cible Et me creuse le cerveau. Je suis une vie Parmi des vies Et des chiens qui reniflent Le cul des malades. Mes os coulent Sur mon torse Un corbeau siffle la Marseillaise Et échange ses ailes contre Mes pieds. Je ne peux plus marcher Mais je peux pleurer Dans le vide abyssal Qu'est l'espace méridional. Un volcan est en transe Lorsque les trous Perdent leur moustache. La mer pisse dans son lit, Un bébé nerveux Attend sa mise au monde. La mère oublie la clef Du ciel. On reste tous là, Attendant avec les morts Que l'on libère nos fantômes. Les angles morts Jouent aux dés. On oublie quelques cheveux Sur la brosse. C'est tout ce qui restera de nous Dans 350 ans et des poussières.

Tibétains

Une machine à verbe Se balade sur la promenade des Anglais. Un chat fend une litière en deux. Les Tibétains du sud de la France Se demandent si Dieu a des pieds. Une femme court sous mes paupières. Elle a une ombrelle Pour faire peur au soleil. Les jambes du monde Se jettent dans la mer. J'ai perdu ma boîte noire Après l'accident. Lequel ? Je ne sais pas. Je demande aux ours. Ils me disent que tout est dans la tête. Comme les cerveaux Qui font du cerceau Pour appâter les artistes. Je crois que les corps Sont des chants D'un homme des cavernes. On s'assoit avec un dinosaure Et on regarde le monde évoluer.

Fondue

On fait une fondue D'avions pour les enfants. Un sandwich grec termine Au sol, des poissons s'emmerdent Dans l'eau, Ils dessinent leurs ombres. Dieu a des vertèbres rouges Pour séduire ses enfants. Un trait sous l’œil Pour comprendre le monde. Je jappe sous ma jupe. Les miroirs-soubrettes Qui nous fournissent Des mirages. Un creux dans la veste Et je tombe dans le lac. Le monstre joue aux échecs Avec une montre de cent kilos. Je chante dans le ventre de ma mère. Un poumon perdu Et deux cents cigarettes retrouvées. La passion de la vie Se fait avec l'envie du cimetière. Une lune dans mon nombril, Je retourne à la banque Pour retirer mon t-shirt.

T-rex

Où est passé mon nombril ? En pleine préhistoire, Il danse avec les T-rex, Calme les jambes De l'oiseau à trois têtes. Le cimetière s'est fait une coloration. Il est bleu comme une carpe Et heureux comme un enfant Dans sa luge. Nos cerveaux s'étonnent Du nombre de pensées Qui viennent emmerder Les hommes. Des montagnes de sable remplacent nos narines. On jette les chaises Sur la chemise de Dieu. Le ketchup tourne Dans le lave-linge. Mon assiette est pleine de beurre. L'espoir de bien vivre Capote le jour de sa mort. Mais bon il reste du temps Avant que les arbres Offrent des trophées Aux plus belles fleurs. Un mannequin Boit sa soupe Avant de défiler.